Il aura fallu une initiative citoyenne pour que la Cour des comptes se penche enfin sur ce que beaucoup pressentaient sans oser le formuler clairement : la politique française de soutien aux énergies renouvelables coûte cher, très cher — et son articulation avec notre patrimoine nucléaire soulève des questions que les décideurs rechignent à poser.
Le rapport, publié le 18 mars 2025, tombe comme un pavé dans la mare du dogme ENR.
26 milliards dépensés, 87 milliards engagés
Entre 2016 et 2024, les contrats de soutien à la production d’électricité renouvelable et au biométhane ont représenté un coût cumulé de 26,3 milliards d’euros pour l’État, soit une moyenne de 2,9 milliards par an. Et ce n’est qu’un début : à fin 2024, l’ensemble des contrats en vigueur représente des engagements hors bilan estimés à 87 milliards d’euros — des contrats sur 20 ans, dont le montant final ne peut être connu à l’avance.
La facture pour 2025 est déjà estimée entre 7,3 et 7,4 milliards d’euros — le double de 2024. En un an, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) a rehaussé sa prévision de 2 milliards d’euros. Cette imprévisibilité est précisément ce que pointe la Cour : un pilotage budgétaire hasardeux, une méconnaissance préoccupante de l’économie réelle des filières, et une porte grande ouverte aux effets d’aubaine pour les développeurs de projets.
Le paradoxe des prix négatifs : notre nucléaire pénalisé
Derrière les chiffres du rapport se cache un phénomène moins médiatisé mais fondamental : les prix négatifs de l’électricité.
En 2024, la France a enregistré 359 heures de prix spot négatifs — soit deux fois plus qu’en 2023, et plus de trois fois le précédent record de 102 heures. Un prix négatif signifie que l’offre d’électricité sur le réseau est si excédentaire que les producteurs doivent payer pour que leur électricité soit consommée.
Ce phénomène se produit principalement à la mi-journée en été et lors des week-ends de printemps, quand la production solaire est maximale. Or, en période de prix négatifs, la France importe davantage depuis l’Allemagne et la Belgique — des pays qui connaissent eux aussi des prix négatifs dans plus de 80 % de ces cas (source : CRE, novembre 2024). C’est le mécanisme d’interconnexion européen : le surplus solaire allemand, massivement subventionné outre-Rhin, se déverse sur le réseau français et aggrave l’excédent.
La modulation du nucléaire : un coût invisible
Pour absorber ces afflux et maintenir l’équilibre du réseau, EDF et RTE procèdent à la modulation de la production nucléaire : les réacteurs tournent en dessous de leur puissance nominale pour faire de la place aux renouvelables intermittents.
Ce pilotage est présenté comme une prouesse technique — et il l’est, nos réacteurs étant parmi les rares au monde capables de cette flexibilité. Mais chaque mégawattheure nucléaire « effacé » représente une perte de production d’un outil amorti, bas-carbone et souverain, au profit d’imports subventionnés.
La CRE chiffre à environ 80 millions d’euros le coût de cette valorisation en heures de prix négatifs au seul premier semestre 2024. Et au printemps 2025, la situation s’est aggravée : entre mars et avril, RTE a dû brider 13 fois la production renouvelable — stoppant des éoliennes contre compensation financière — tandis que la France atteignait un nouveau record d’exports nets à 92,3 TWh.
Ce que cela signifie pour nos territoires
Pour ECEP51 et les associations qui défendent le cadre de vie champenois, ce rapport n’est pas une surprise : c’est une confirmation chiffrée de ce que nous constatons sur le terrain. Les projets photovoltaïques et éoliens industriels qui s’imposent à nos communes, nos plaines, nos horizons, ne répondent pas à un besoin énergétique documenté. Ils répondent à des contrats d’achat garantis sur 20 ans, à des rendements assurés par le contribuable, dans un système où la Cour des comptes elle-même reconnaît une opacité préoccupante.
87 milliards d’euros d’engagements pris au nom des Français — sans que les citoyens concernés aient eu leur mot à dire, sans que les enquêtes publiques aient pesé le vrai bilan coût-bénéfice, sans que les commissaires enquêteurs aient disposé des données que la Cour vient enfin de rendre publiques.
Comment agir concrètement
Si un projet éolien ou photovoltaïque industriel est en enquête publique dans votre secteur :
- Contribuez à l’enquête. Citez ce rapport. Exigez que le commissaire enquêteur prenne en compte le coût systémique des ENR intermittentes sur notre réseau et notre nucléaire.
- Utilisez notre boîte à outils pour structurer votre contribution.
- Rejoignez ECEP51 pour être informé des enquêtes en cours dans la Marne et l’Aube et coordonner vos actions avec le réseau.
- Consultez le véritable bilan d’une éolienne terrestre pour compléter votre argumentation.
La Cour des comptes a mis des chiffres sur ce que nous disions depuis des années. Il est temps que nos élus, nos préfets et nos commissaires enquêteurs en tirent les conséquences.
Sources : Rapport Cour des comptes « Soutien aux énergies renouvelables à travers les charges de service public de l’énergie », 18 mars 2025 — Bilan électrique RTE 2024 — Note CRE sur les prix négatifs, novembre 2024.
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