Une visite au service du patrimoine champenois
Le 8 avril 2026, Pascal Cochet et Paul Bouloré, délégués de Maisons Paysannes de France pour la Marne, accompagnés de Thierry Nava, président de l’association SANR et vice-secrétaire d’ECEP51, ont poussé la porte de la Tuilerie Royer à Soulaines-Dhuys, dans l’Aube.
Cinq générations d’argile et de feu

C’est Jean-Louis Royer qui accueille les visiteurs. Il représente la 5ᵉ génération d’une lignée d’artisans qui travaille l’argile depuis 1850 — une continuité rare dans le paysage artisanal français, reconnue par le label Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV) et par un classement à l’Inventaire des Monuments Historiques.
L’argile utilisée est extraite directement dans leur propre carrière, à quelques kilomètres de l’atelier, juste sous la couche de terre végétale. Elle doit ensuite être exposée aux intempéries, humidifiée et mélangée pour acquérir la plasticité nécessaire au travail.
Du moule au four : un processus entièrement artisanal

Pour la tuilerie, la terre est placée manuellement dans des moules de différentes formes, donnant naissance à briques, tuiles de couverture, et pièces sur mesure — y compris des reproductions d’éléments anciens, comme ces carreaux de pavement décorés réalisés pour le château de Chantilly.
L’atelier de poterie, quant à lui, produit par tournage et modelage une gamme d’objets utilitaires et décoratifs : bols, pichets, nichoirs à oiseaux, oyas (pots d’irrigation enterrés), épis de faîtage — bruts ou décorés.
Toutes les pièces sont ensuite disposées sur des claies de séchage à l’air libre pendant plusieurs semaines avant d’être prêtes pour la cuisson.
Le grand four : neuf jours d’alchimie

Le clou de la visite reste le grand four à bois : 100 m³ de volume, une capacité de 80 tonnes de productions, et une cuisson qui dure 9 jours, avec une montée progressive en température jusqu’à 1 000 °C. Un spectacle rare, à la fois technique et presque mystique, où la terre se transforme irrémédiablement en matériau de construction durable.
Une panne, une solidarité, une renaissance

Mais depuis quatre mois au moment de la visite, la tuilerie Royer était à l’arrêt complet. La cause : la panne de la turbine électrique qui alimente en air pulsé le grand four — élément indispensable à sa montée en température.
Face à cette situation, un élan de solidarité remarquable s’est organisé, réunissant particuliers et associations du patrimoine. Les 30 000 € nécessaires au remplacement de la pièce défectueuse ont été rassemblés.
La nouvelle turbine vient d’être installée. Le four va bientôt retrouver vie — et avec lui, des mois de productions patiemment stockées.
Un patrimoine vivant à soutenir

La Tuilerie Royer est l’une des rarissimes entreprises en France capables de produire des matériaux de construction en terre cuite selon des méthodes traditionnelles, compatibles avec les exigences de la restauration du patrimoine. Elle travaille pour des particuliers, des architectes, et les Monuments Historiques.
Pour les associations de défense du patrimoine bâti champenois, comme pour Maisons Paysannes de France, elle représente un maillon irremplaçable de la chaîne de transmission des savoir-faire.
📌 Plus d’informations sur latuilerieroyer.fr










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