Suite à notre article d’avril et la rencontre sur place avec le journaliste de L’Union, l’ONF a pris l’initiative de nous inviter à une matinée de terrain le 29 juin 2026. Retour sur une rencontre encourageante.


L’ONF nous a répondu

En avril dernier, nous publiions un article documentant l’arrêté ministériel qui affecte la quasi-totalité de la forêt domaniale du Gault à la production ligneuse pendant vingt ans, avec seulement 1,09 % de la surface laissée en sénescence naturelle — loin de l’objectif de 10 % fixé par la Stratégie Nationale Biodiversité 2030.

Le 29 juin 2026, une matinée de terrain a réuni riverains, usagers, élus locaux, membres d’ECEP51 (APENC51, Collectif du Châtelot, ADENOS), et représentants de l’ONF Agence Aube-Marne au cœur du massif. Pendant plus de deux heures, sur les parcelles, cartes à l’appui, les forestiers ont expliqué, échangé, parfois reconnu des marges de progrès.
Les habitants ont interrogé, avec franchise et bonne foi des deux côtés.

Voici ce qu’on en retient.


Ce qui nous a rassurés

Les techniciens en charge du Gault ont montré une réelle conscience des enjeux écologiques. Les pratiques actuelles vont dans le bon sens : fin des grands reboisements monospécifiques, abandon des coupes rases sur de nombreuses parcelles, cloisonnements d’exploitation pour préserver les sols limoneux sensibles, branches maintenues au sol comme protection naturelle, mares et zones humides systématiquement préservées. Les arbres-bio désignés (triangle bleu inversé) — ces arbres laissés en vie pour la faune saproxylique — dépassent sur certaines parcelles le minimum réglementaire.

Sur l’évolution du cadre national, le nouveau contrat d’État ONF en cours de rédaction inverse la logique : la biodiversité ne sera plus une action accessoire, mais la condition première d’une production durable.
La loi européenne de restauration de la nature (2025) est également citée comme levier d’évolution — même si les intervenants reconnaissent que ses objectifs chiffrés seront difficiles à tenir dans les délais impartis.

Surtout, l’ONF a reconnu ouvertement ce que nous pointions : l’absence de données naturalistes structurées sur le massif du Gault.
Pas de Natura 2000, pas de ZNIEFF, pas de partenariat actif avec les associations naturalistes locales. C’est précisément là que nous pouvons être utiles — et c’est ce qui a ouvert la perspective d’un vrai partenariat.


Les questions qui restent ouvertes

Nous restons attentifs à plusieurs points qui méritent un suivi dans la durée.

Le cadre légal de l’arrêté ministériel du 28 mars 2025 n’a pas changé. Ce que les techniciens font de bien sur le terrain, ils le font avec professionnalisme et engagement personnel — mais dans un cadre qui reste orienté vers la production. La bonne volonté des agents ne suffit pas à elle seule à garantir la pérennité des pratiques vertueuses.

La question des débouchés du bois reste entière. Quelle part de la récolte du Gault part en bois d’œuvre valorisé localement ? Quelle part en biomasse-énergie ? Nous avons posé la question et attendons une réponse chiffrée.

Enfin, le sous-effectif chronique de l’ONF — documenté par la Cour des comptes en 2024 — pèse sur la capacité réelle de suivi naturaliste et environnemental de tous les massifs.
Ce n’est pas une critique adressée aux agents rencontrés, dont la compétence et la bonne foi étaient évidentes, mais une réalité structurelle que tout le monde a intérêt à nommer clairement.


Ce qu’on fait maintenant

La rencontre a débouché sur des engagements concrets, que nous prenons au mot.

Partenariat naturaliste : nos inventaires — plus de 22 espèces protégées au titre de l’article L.411-1 déjà documentées — seront versés à la base de données naturaliste ONF, remontant vers l’INPN. C’est une contribution directe à la connaissance d’un massif qui en manque cruellement.

Actions de dépollution : nous poursuivons nos interventions bénévoles en partenariat avec l’ONF, qui nous facilitera l’accès aux chemins forestiers. Le dossier pneus, résolu grâce à la mobilisation du maire de Champguyon, en est un premier exemple concret.

Dialogue continu : plusieurs questions restent en suspens et feront l’objet d’un courrier formel à l’ONF dans les prochaines semaines.


La forêt du Gault est un des derniers massifs significatifs d’un territoire de plaine champenoise profondément transformé par l’agriculture intensive. Quand tout autour a évolué — mares, haies, prairies — elle reste. C’est pour ça qu’on continue à y être attentifs, et qu’on se réjouit de pouvoir désormais le faire en lien direct avec ses gestionnaires.


→ Lire notre article fondateur : Forêt du Gault : quand l’État industrialise ses propres forêts au nom de la gestion durable

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