Effets cumulés impossibles à apprécier pleinement, 14 procédures simultanées, saturation paysagère, biodiversité, suppressions d’éoliennes et études complémentaires : derrière l’apparente unanimité des avis favorables, les conclusions des commissaires enquêteurs dressent un tableau beaucoup plus préoccupant.
Entre le 22 juin et le 22 juillet 2026, une première série d’enquêtes publiques concernant neuf projets éoliens s’est déroulée simultanément dans le nord et le nord-est de l’Aube, avec pour certains projets des incidences jusque dans la Marne.
À leur issue, le constat peut sembler sans appel : neuf projets examinés, neuf avis favorables des commissaires ou commissions d’enquête.
Ces neuf projets représentent pourtant, d’après les dossiers soumis à enquête, 138 éoliennes supplémentaires : 6 à Lhuître-Grandville, 26 pour le Puits et la Lhuîtrelle, 9 à Dampierre Sud, 10 à Vinets, 45 pour Éole des Côtes de l’Aube, 10 pour BCMA, 21 pour les Trois Côtes, 8 pour la Ferme de Jérusalem et 3 au Haut de la Sentinelle.
Mais s’arrêter à la mention « avis favorable » donnerait une image très incomplète du contenu des rapports.
La lecture détaillée des conclusions montre en effet que plusieurs commissions ont elles-mêmes relevé les difficultés posées par la concomitance de quatorze procédures, la saturation du territoire, l’impossibilité d’apprécier complètement certains effets cumulés, les risques pour l’avifaune et les chiroptères, les impacts sur les paysages ou encore les limites de l’information permettant d’appréhender le développement éolien à l’échelle réelle du territoire.
Dans certains dossiers, l’avis favorable est même accompagné de réserves susceptibles de conduire à la suppression de plusieurs éoliennes.
Il est donc nécessaire de regarder derrière l’étiquette.
Neuf projets, neuf avis favorables… mais des avis très différents
| Projet | Éoliennes | Conclusion de l’enquête | Éléments particulièrement significatifs |
|---|---|---|---|
| Lhuître – Grandville | 6 | Favorable avec recommandations | 37 contributions défavorables contre 3 favorables ; Grandville défavorable ; possible suppression de 1 ou 2 éoliennes |
| Puits et Lhuîtrelle | 26 | Favorable avec 7 réserves | Étude globale indépendante des effets cumulés ; suppressions pouvant concerner au moins 7 machines ; étude globale du raccordement des 14 projets |
| Dampierre Sud | 9 | Favorable avec 4 réserves | Commission reconnaissant ne pas avoir pu apprécier pleinement les effets cumulés ; suppression de E7 ; déplacement de E1 |
| Vinets | 10 | Favorable avec 3 recommandations | Suivis acoustiques, bridages et suivi de mortalité oiseaux/chauves-souris |
| Éole des Côtes de l’Aube | 45 | Favorable avec 6 recommandations | Commission « surprise » par les 14 procédures simultanées ; effets cumulés renvoyés en partie à la DREAL |
| BCMA | 10 | Favorable avec 1 réserve | 23 courriels défavorables contre 3 favorables ; inquiétude reconnue sur les 14 projets et les effets cumulés |
| Trois Côtes | 21 | Favorable | 26 avis électroniques défavorables contre 6 favorables ; « réelle confusion » créée par les 14 enquêtes |
| Ferme de Jérusalem | 8 | Favorable avec 2 recommandations | Commission reconnaissant que les études cumulées « ne peuvent trouver leurs finalités » avec 14 projets concomitants |
| Haut de la Sentinelle | 3 | Favorable assorti d’exigences | Contributions générales sur l’éolien écartées comme ne concernant pas spécifiquement le projet |
Attention : un avis favorable de commission d’enquête n’est pas une autorisation préfectorale. Il s’agit d’un avis versé au dossier d’instruction. L’autorité administrative reste décisionnaire.
Le problème que plusieurs commissions reconnaissent elles-mêmes : quatorze projets examinés simultanément
C’est probablement l’enseignement principal de ces documents.
La multiplication des enquêtes publiques sur une même période avait conduit associations et habitants à dénoncer une appréciation fragmentée de projets pourtant concentrés dans un même secteur géographique.
Cette critique n’est pas seulement celle des opposants.
Dampierre Sud : « pas permis […] d’apprécier pleinement leurs effets cumulés »
Dans ses conclusions concernant Dampierre Sud, la commission écrit explicitement :
« L’enquête publique s’est tenue dans un contexte particulier, marqué par l’instruction simultanée de quatorze projets éoliens, ce qui n’a pas permis à la commission d’enquête d’apprécier pleinement leurs effets cumulés. »
C’est écrit à la page 88 du rapport.
La même commission constate que l’ouverture simultanée des quatorze enquêtes a contribué au sentiment de « saucissonnage » exprimé par le public et a rendu plus difficile une lecture globale des effets cumulés. Elle estime également que l’étude, fondée sur les projets connus au moment de son dépôt, « ne permet pas de restituer pleinement la situation actuelle du territoire et la perception cumulative des projets ». (Dampierre Sud, pp. 84-85.)
Elle va encore plus loin en estimant que les réponses du porteur de projet ne lèvent pas totalement les interrogations sur la vision globale du développement éolien, les effets cumulés et l’interdépendance technique des projets. À propos de la conduite simultanée des quatorze enquêtes, elle écrit que celle-ci ne permet pas au public d’appréhender aisément les effets cumulés à l’échelle du territoire. (Dampierre Sud, p. 85.)
Malgré cela, le projet reçoit un avis favorable.
Dampierre Sud : avis favorable, mais une éolienne doit disparaître
Le projet Dampierre Sud comporte initialement 9 aérogénérateurs.
La commission reconnaît dans sa conclusion que le maître d’ouvrage n’a pas apporté de réponses pleinement satisfaisantes à tous les impacts humains et environnementaux identifiés. Elle évoque expressément la possibilité d’adapter l’implantation ou de supprimer certaines éoliennes en raison de leur prégnance ou de leur proximité avec des secteurs boisés importants pour les chiroptères. (Rapport, p. 88.)
Son avis final est néanmoins : « Avis favorable avec 4 réserves ».
La première impose la suppression de l’éolienne E7, située à moins de 700 mètres en bout de pale du hameau d’Ormées. La deuxième demande d’éloigner E1 afin d’assurer plus de 200 mètres en bout de pale avec un petit boisement et d’approfondir l’étude concernant les chiroptères. Les deux autres portent notamment sur le renforcement des aménagements paysagers et écologiques et sur un suivi périodique des impacts environnementaux et du cadre de vie pendant l’exploitation. (Dampierre Sud, p. 89.)
Le terme « favorable » masque donc un avis beaucoup plus conditionnel qu’il n’y paraît.
Puits et Lhuîtrelle : l’exemple le plus spectaculaire
Le projet du Puits et de la Lhuîtrelle prévoit 26 éoliennes sur Dampierre, Isle-Aubigny, Lhuître, Ramerupt et Vaucogne.
La commission lui donne un avis favorable avec sept réserves.
Mais leur contenu est considérable.
La réserve n°1 demande de faire réaliser par un expert indépendant une étude globale destinée à mesurer l’évolution des couloirs migratoires et les effets cumulés des nombreux parcs éoliens et à disposer d’une analyse exhaustive concernant l’avifaune, les chiroptères et les continuités écologiques.
La réserve n°2 demande la suppression des éoliennes E12, E19, E25 et E26, considérées comme trop proches de villages ou d’un hameau.
La réserve n°4 demande encore la suppression de E1, E5 et E24, notamment en raison de la proximité de la vallée de la Lhuîtrelle et d’un couloir notoirement fréquenté par les grues cendrées.
La réserve n°5 demande enfin d’éloigner E27 et E28 à plus de 1 000 mètres de la vallée du Puits et de l’ancienne carrière, ou de les supprimer si cet éloignement s’avère impossible. (Puits et Lhuîtrelle, p. 131.)
Ainsi, un projet officiellement présenté comme bénéficiant d’un « avis favorable » pourrait devoir perdre au minimum sept de ses vingt-six machines, sans compter les éventuelles conséquences de la réserve n°5.
Plus important encore pour l’analyse territoriale : la commission estime qu’avant toute autorisation définitive, une analyse globale de l’évacuation de l’énergie produite par l’ensemble des quatorze projets devrait être réalisée. Cette analyse devrait détailler les capacités résiduelles des réseaux, les adaptations nécessaires, leur calendrier et leurs impacts techniques, environnementaux et économiques. (Puits et Lhuîtrelle, pp. 131-132.)
Cette recommandation rejoint précisément la nécessité, défendue depuis le début de ces procédures, de ne pas examiner ces projets uniquement comme quatorze objets indépendants.
Éole des Côtes de l’Aube : 45 éoliennes et une commission elle-même « surprise »
Avec 45 aérogénérateurs et 15 postes de livraison, Éole des Côtes de l’Aube est de très loin le plus important des neuf projets étudiés ici.
La commission indique avoir été « surprise » que la préfecture de l’Aube ait engagé cette enquête aux mêmes dates que treize autres projets éoliens du même secteur.
Elle écrit même :
« dans le cas présent, le principe de l’antériorité des dépôts de dossiers a été bafoué. »
(Conclusions Éole des Côtes de l’Aube, p. 6.)
Concernant les effets cumulés, la commission considère toutefois que l’étude du projet satisfait aux exigences réglementaires et estime même qu’elle va au-delà de celles-ci en intégrant certains projets plus récents.
Mais elle renvoie ensuite aux services de l’État la nécessité de se déterminer sur les autres projets, y compris ceux déposés postérieurement.
Le projet reçoit finalement un avis favorable accompagné de six recommandations.
Parmi elles : reprendre les distances entre certaines machines et les boisements, travailler avec la DREAL sur les effets cumulés liés à la multiplicité des dossiers déposés simultanément, compléter certains accompagnements paysagers et reprendre différentes mesures de protection de la faune et de la flore évoquées par la MRAe. (Conclusions, p. 22.)
Il apparaît donc une situation pour le moins paradoxale : l’étude des effets cumulés est déclarée conforme, tandis qu’une recommandation finale demande précisément de travailler avec la DREAL sur la manière de traiter les effets cumulés provoqués par la multiplicité des dossiers.
Ferme de Jérusalem : les effets cumulés « ne peuvent trouver leurs finalités »
Le projet de la Ferme de Jérusalem prévoit 8 éoliennes.
Ses conclusions sont particulièrement instructives.
La commission rapporte une position très sévère de l’Autorité environnementale, qui avait notamment recommandé de ne pas autoriser le projet avant reconsidération de sa localisation et présentation d’un dossier actualisé.
La commission estime cependant que la MRAe « s’est un peu égarée » lorsqu’elle recommande à l’autorité préfectorale de ne pas autoriser le projet. Dans le même passage, elle se demande pourtant si ce n’est pas précisément à la MRAe ou à la préfecture d’engager « une réflexion sur l’incidence de la concentration de parcs éoliens dans le secteur ». (Ferme de Jérusalem, pp. 12-13.)
Puis vient une phrase particulièrement importante :
« Les études sur les effets cumulés sont bien menées mais ne peuvent trouver leurs finalités dans le présent contexte de 14 projets concomitants. C’est à la DREAL de finaliser ces études puisqu’elle est la seule à avoir la main sur tous les dossiers. »
(Ferme de Jérusalem, p. 14.)
La phrase est suivie quelques lignes plus loin d’un avis FAVORABLE.
La deuxième recommandation demande d’ailleurs explicitement de voir avec la DREAL comment aborder les effets cumulés dans le contexte de la multiplicité des dossiers déposés en même temps.
Nous sommes donc ici face à une commission qui reconnaît elle-même que l’étude cumulée ne peut être menée à son terme dans les conditions de l’enquête, tout en concluant favorablement.
BCMA : reconnaître l’inquiétude territoriale, mais limiter l’avis au projet isolé
Le parc BCMA prévoit 10 éoliennes réparties entre Braux, Chalette-sur-Voire, Magnicourt et Aulnay.
La participation du public présente ici un contraste important.
Durant les permanences physiques, six personnes seulement sont reçues : cinq favorables et une défavorable.
En revanche, la préfecture reçoit 30 contributions électroniques, dont seulement 3 favorables, trois attirant spécifiquement l’attention sur les effets cumulés, une proposant des améliorations et 23 défavorables.
La commission reconnaît explicitement que le manque de visibilité sur les effets cumulés des quatorze projets a été soulevé. (BCMA, p. 60.)
Elle estime néanmoins que la faible mobilisation physique locale « peut traduire une bonne acceptation » du projet.
Sur 28 communes et trois intercommunalités consultées, seules deux communes ont adressé une délibération dans les délais, toutes deux favorables ; les 26 autres communes et les trois intercommunalités n’ont pas délibéré. (BCMA, p. 61.)
La commission reconnaît pourtant quelques pages plus loin avoir « bien perçu la forte inquiétude » des contributeurs face à la multiplication des parcs dans un secteur déjà fortement équipé.
Mais elle explique également s’être interrogée sur la légalité d’un avis qui serait fondé sur les effets cumulés de projets dont elle ne possède pas les dossiers et dont la réalisation demeure incertaine. Elle considère qu’un tel avis pourrait être contesté juridiquement et choisit donc d’apprécier principalement BCMA lui-même. (BCMA, p. 62.)
Elle conclut notamment que les impacts paysagers seraient faibles « si l’on considère le projet BCMA seul », tout en précisant que les effets cumulés avec les projets en cours devront être étudiés par les services de l’État. (BCMA, p. 63.)
L’avis est finalement favorable, assorti d’une réserve imposant la prise en compte des modifications et engagements du pétitionnaire.
La commission rappelle également les recommandations de la MRAe concernant notamment l’étude de l’impact des grands pôles éoliens sur les oiseaux et la modification des couloirs migratoires. Et sa toute dernière observation invite l’administration à prendre en considération les préoccupations des nombreux contributeurs concernant les effets cumulés des quatorze projets. (BCMA, pp. 64-65.)
Trois Côtes : une majorité d’avis électroniques défavorables relativisée
Le projet des Trois Côtes concerne 21 aérogénérateurs sur Aulnay, Braux, Brillecourt, Dommartin-le-Coq, Donnement et Jasseines.
Les chiffres de participation sont ici particulièrement instructifs.
Dans les registres municipaux : six observations favorables, trois défavorables et deux contenant interrogations ou recommandations.
Sur le registre électronique de la préfecture : 34 contributions, avec 6 favorables contre 26 défavorables.
La commission reconnaît que la concomitance des quatorze procédures « génère une réelle confusion », relevée également par des élus locaux, notamment dans les communes concernées par plusieurs projets.
Mais elle note aussi que les 26 avis défavorables électroniques reposent sur une base argumentaire commune pouvant laisser penser à une coordination des contributeurs, avec pour certains une origine extérieure aux six communes, voire au département. (Rapport Trois Côtes, p. 17.)
À l’inverse, les avis favorables des élus sont notamment mis en relation avec les retombées financières attendues par les communes, dans un contexte de baisse des ressources disponibles pour entretenir leur patrimoine ou financer leurs projets.
Dans son bilan avantages-inconvénients, la commission cite explicitement les indemnités versées aux propriétaires et exploitants agricoles et « l’intérêt général des retombées économiques » pour les collectivités parmi les éléments favorables.
Elle conclut que le bilan est positif et donne un avis favorable au projet. (Trois Côtes, pp. 20-22.)
Il ne s’agit donc pas de prétendre que l’opposition n’a pas été étudiée. Elle l’a été. Mais il apparaît clairement dans le rapport de quelle manière elle a été relativisée dans la balance finale.
Lhuître et Grandville : 37 défavorables, 3 favorables… et un avis favorable
Le cas de Lhuître-Grandville mérite lui aussi une attention particulière.
Le projet comprend 6 éoliennes.
Sur les vingt collectivités consultées, seules deux ont rendu un avis : Lhuître favorable et Grandville défavorable.
Concernant le public, les conclusions comptabilisent 53 observations : seulement 3 favorables, 37 défavorables et 13 autres exprimant des critiques, sans être classées formellement défavorables. (Conclusions, p. 9.)
Pourtant, le commissaire enquêteur tire de la faible fréquentation physique des permanences une interprétation très différente.
Il écrit que seulement cinq personnes des quelque 380 habitants de Lhuître et Grandville se sont déplacées et considère que cela « tendrait à dire que la population est majoritairement favorable à ce parc », en invoquant l’adage « qui ne dit rien consent ».
Il constate parallèlement que 47 contributions ont été déposées par voie électronique, dont un certain nombre provenant de l’extérieur du département, ce qui lui laisse penser que ce sont surtout les opposants à l’éolien qui se sont exprimés. (Conclusions, p. 10.)
Ce raisonnement est d’autant plus notable que, parmi les deux communes directement concernées, l’une est favorable et l’autre défavorable.
À la page 13, le commissaire estime pourtant que le fait que seulement deux collectivités se soient prononcées « démontre que le projet ne pose aucun problème à la majeure partie de la population locale ».
Finalement, il rend un avis favorable.
Mais même cet avis comporte une recommandation susceptible de modifier fortement le projet : en raison de la proximité de puits pétroliers, il demande de rechercher une autre implantation pour E1 et E2 et précise que, si cela n’est pas possible, il faudra « supprimer une ou éventuellement deux éoliennes si nécessaire ». (Conclusions, pp. 14-15.)
Ainsi, 37 avis défavorables contre 3 favorables, une des deux communes d’implantation défavorable et jusqu’à deux machines susceptibles d’être supprimées conduisent malgré tout à un avis final favorable.
Vinets : un avis favorable et trois mesures de suivi environnemental
À Vinets, le projet prévoit 10 éoliennes culminant jusqu’à 200 mètres, pour une puissance maximale annoncée de 57 MW.
Le document indique lui-même que, dans un rayon de 20 kilomètres, se trouvent déjà 59 parcs éoliens, dont 38 en exploitation, représentant 476 éoliennes. (Conclusions, p. 3.)
Le commissaire enquêteur indique n’avoir ressenti lors des permanences aucune hostilité locale au projet. Sept personnes ont été reçues : six favorables et une exprimant des réserves. (Conclusions, p. 5.)
Il conclut que les arguments favorables l’emportent sur les arguments défavorables et émet un avis favorable assorti de trois recommandations : contrôles acoustiques après mise en service avec mesures correctives si nécessaire, bridages adaptés aux périodes les plus sensibles et bilan périodique, pendant les trois premières années, de la mortalité des oiseaux et des chauves-souris. (Conclusions, pp. 8-9.)
Ce projet participe lui aussi au dispositif mutualisé du radar compensatoire de Morvilliers, infrastructure destinée à lever certaines contraintes Météo-France pour plusieurs projets éoliens du secteur.
Haut de la Sentinelle à Feuges : trois éoliennes, mais un raisonnement révélateur sur les contributions
Le Haut de la Sentinelle est le plus petit projet de cette première série, avec 3 éoliennes à Feuges.
Le commissaire enquêteur considère qu’aucune des observations électroniques déposées ne porte spécifiquement sur ce projet et les qualifie de « digressions d’ordre général sur l’éolien ».
Il relève également qu’aucune des communes consultées n’a délibéré.
Il émet finalement un avis favorable en considérant notamment que les risques environnementaux ont été suffisamment pris en compte. (Conclusions, pp. 2-3.)
L’avis est toutefois subordonné à plusieurs exigences concernant la ressource en eau, la procédure en cas de pollution accidentelle, une étude acoustique dans les douze mois suivant la mise en service, le balisage et les dispositifs destinés aux secours. (Conclusions, pp. 3-4.)
La question soulevée par ce dossier dépasse d’ailleurs Feuges : lorsque le principal problème dénoncé par des citoyens est précisément l’accumulation territoriale des projets, peut-on écarter cet argument au motif qu’il ne concerne pas exclusivement le parc examiné ?
Le paradoxe des effets cumulés
À la lecture de ces neuf dossiers, une constante apparaît.
Il serait inexact d’affirmer que les commissaires enquêteurs n’ont pas entendu parler de saturation ou d’effets cumulés.
Ils en parlent abondamment.
Plusieurs commissions les reconnaissent même comme un véritable problème.
Mais elles aboutissent fréquemment à une séparation entre deux niveaux :
le projet particulier dont elles ont la charge est considéré comme acceptable ou conforme ; la question de l’accumulation des projets est renvoyée à la DREAL, à la préfecture ou plus généralement aux services de l’État.
Cette construction apparaît très clairement dans BCMA, dans la Ferme de Jérusalem, dans Éole des Côtes de l’Aube et dans les dossiers instruits par la commission de Dampierre Sud et du Puits et de la Lhuîtrelle.
Or c’est précisément cette situation qui interroge.
Si chacune des commissions ne peut pleinement apprécier que son propre projet, qui apprécie réellement les 14 projets ensemble ?
Qui présente au public une image consolidée du nombre de machines ?
Qui évalue l’évolution des paysages si tous les projets aboutissent ?
Qui additionne réellement les risques pour les couloirs migratoires, les populations de chiroptères, les villages déjà entourés d’éoliennes, les nuisances lumineuses et acoustiques ?
Qui confronte simultanément les capacités du réseau électrique, les besoins de raccordement et les infrastructures communes telles que le radar compensatoire de Morvilliers ?
Certaines commissions finissent elles-mêmes par poser indirectement cette question.
Quand « absence d’opposition » signifie parfois absence de réponse
Un deuxième phénomène apparaît dans plusieurs conclusions : la faible participation physique aux permanences ou l’absence de délibération de nombreuses communes est parfois interprétée comme un signe d’acceptabilité.
BCMA estime ainsi que l’absence de mobilisation locale « peut traduire une bonne acceptation ».
À Lhuître-Grandville, le commissaire va plus loin en utilisant l’adage « qui ne dit rien consent ».
Pourtant, juridiquement comme démocratiquement, une absence de contribution n’est pas un vote favorable.
Une commune qui ne délibère pas ne donne ni un avis favorable ni un avis défavorable. Le rapport de Vinets le reconnaît d’ailleurs explicitement : les conseils municipaux n’ayant pas délibéré « ne sont considérés ni favorables, ni défavorables ».
La prudence devrait donc s’imposer avant de transformer le silence d’une population ou d’une collectivité en adhésion au projet.
Une participation numérique parfois largement défavorable
Autre enseignement : la participation électronique change profondément l’image donnée par la seule fréquentation des permanences.
Pour BCMA, six personnes se déplacent physiquement, mais trente contributions arrivent par courriel, dont 23 défavorables.
Pour les Trois Côtes, le registre électronique enregistre 26 avis défavorables contre 6 favorables.
Pour Lhuître-Grandville, sur les 53 observations recensées, 37 sont défavorables, 13 critiques et seulement trois favorables.
Ces contributions ne constituent évidemment pas un référendum et rien ne permet d’en déduire statistiquement l’opinion de toute une population.
Mais l’inverse est tout aussi vrai : le faible nombre de visiteurs physiques lors des permanences ne permet pas davantage de conclure à une adhésion majoritaire.
Des retombées économiques très présentes dans les balances finales
Les rapports montrent également le poids accordé aux retombées fiscales et économiques.
Dans le dossier des Trois Côtes, la commission souligne que les élus favorables mettent en avant les ressources financières nécessaires pour entretenir le patrimoine et financer les projets communaux.
Dans Lhuître-Grandville, le commissaire décrit le projet comme « très favorable aux communes » du fait de la « manne financière » liée aux retombées fiscales.
Dans BCMA, les ressources pour les communes, intercommunalités et département figurent parmi les arguments du bilan positif.
La commission Dampierre Sud adopte une position plus nuancée : elle reconnaît que les retombées constituent un bénéfice réel, mais estime qu’elles « ne sauraient, à elles seules, compenser les contraintes paysagères, environnementales et sociales » supportées par les habitants.
C’est probablement l’approche la plus équilibrée rencontrée dans ces neuf dossiers.
Des avis favorables qui ne valent pas validation intégrale des projets
Ces conclusions rappellent enfin quelque chose d’essentiel.
Un « avis favorable » ne signifie pas nécessairement :que le projet peut être construit tel qu’il est présenté ;
que tous ses impacts sont considérés comme négligeables ;
que l’étude des effets cumulés est achevée ;
que toutes les recommandations de la MRAe ont été levées ;
que l’ensemble de la population y adhère ;
ni que le préfet devra obligatoirement l’autoriser.
Le Puits et la Lhuîtrelle l’illustre parfaitement : sept réserves, plusieurs éoliennes à supprimer, une étude cumulative indépendante exigée et une étude globale du raccordement des quatorze projets demandée avant autorisation définitive.
Dampierre Sud devra également perdre au moins une machine si les réserves sont intégralement respectées.
Lhuître-Grandville pourrait perdre une ou deux éoliennes.
Éole des Côtes de l’Aube conserve six recommandations substantielles.
BCMA comporte une réserve et le rappel de plusieurs recommandations importantes de l’Autorité environnementale.
La présentation publique de ces résultats sous la seule forme « avis favorable » serait donc extrêmement trompeuse.
Ce que ces neuf enquêtes devraient désormais conduire l’État à faire
ECEP51 ne demande pas que les préoccupations territoriales remplacent l’étude réglementaire de chaque projet.
Nous demandons exactement l’inverse : que l’évaluation soit complète.
Lorsque quatorze projets représentant au total 186 éoliennes sont instruits simultanément dans un même secteur, une addition de quatorze appréciations individuelles ne suffit pas nécessairement à donner au public une vision intelligible du territoire qui résulterait de leur réalisation cumulée.
Les conclusions des commissaires enquêteurs le montrent désormais elles-mêmes.
Certaines reconnaissent que les quatorze enquêtes compliquent l’appréciation des effets cumulés.
Une commission indique qu’elle n’a pas pu les apprécier pleinement.
Une autre estime que les études cumulées ne peuvent « trouver leurs finalités » dans le contexte des quatorze dossiers concomitants.
Une autre demande une étude globale indépendante.
Une autre demande une étude de la capacité du réseau prenant en compte les quatorze projets.
Une autre renvoie explicitement à la DREAL le traitement de cette multiplicité.
Ce constat mérite désormais une réponse claire de l’État.
Neuf avis favorables ne font pas disparaître les questions soulevées par les neuf rapports.
Bien au contraire.
Ce sont désormais les commissions d’enquête elles-mêmes qui en ont acté une partie.
Les décisions préfectorales devront donc être examinées avec la plus grande attention, et notamment sur la manière dont seront effectivement prises en compte les réserves, les recommandations, la saturation territoriale et les effets cumulés avant toute autorisation.
ECEP51 poursuivra l’analyse des cinq autres projets de cette vague exceptionnelle d’enquêtes publiques afin d’établir un bilan global des quatorze procédures.
Références documentaires officielles
Pour que tu puisses les mettre en dur dans WordPress, voici les PDF préfecture et les pages les plus utiles. Le #page= permet généralement au navigateur d’ouvrir directement le PDF à la bonne page.
Lhuître – Grandville — conclusions et avis motivé, passages principaux pp. 9 à 15 :
https://www.aube.gouv.fr/contenu/telechargement/47291/334527/file/conclusions%20et%20avis%20motiv%C3%A9%20Lhuitre.pdf#page=9
Le document source transmis confirme ce lien officiel.
Puits et Lhuîtrelle — rapport et conclusions, conclusions décisives pp. 131-132 :
https://www.aube.gouv.fr/contenu/telechargement/47288/334501/file/Rapport%20EP%20Eolien%20du%20PUITS%20et%20de%20la%20LHUITRELLE%20v08.pdf#page=131
Dampierre Sud — rapport et conclusions, analyse cumulée pp. 84-89 :
https://www.aube.gouv.fr/contenu/telechargement/47285/334475/file/Rapport%20EP%20Eolien%20Dampierre%20Sud%20V08.pdf#page=84
Vinets — avis et conclusions, pp. 7-9 :
https://www.aube.gouv.fr/contenu/telechargement/47279/334434/file/2%20Avis%20et%20conclusions%20.pdf#page=7
Éole des Côtes de l’Aube — conclusions et avis motivés, notamment pp. 6 et 21-22 :
https://www.aube.gouv.fr/contenu/telechargement/47294/334553/file/CONCLUSIONS%20ET%20AVIS%20MOTIVES%20CDA.pdf#page=21
BCMA — rapport, conclusions et avis, notamment pp. 60-65 :
https://www.aube.gouv.fr/contenu/telechargement/47300/334605/file/Parc%20%C3%A9olien%20BCMA%20rapport%20conclusions%20et%20avis%20de%20la%20commission%20d’enqu%C3%AAte%2019%2008%202026.pdf#page=60
Trois Côtes — rapport et conclusions, notamment pp. 17 et 20-22 :
https://www.aube.gouv.fr/contenu/telechargement/47305/334652/file/Rapport%20et%20conclusions%20-%20PARC%20EOLIEN%20LES%20TROIS%20COTES.pdf#page=17
Ferme de Jérusalem — conclusions et avis motivé, notamment pp. 12-15 :
https://www.aube.gouv.fr/contenu/telechargement/47298/334584/file/Conclusion%20+%20avis%20motiv%C3%A9%20PEFJ%20200826.pdf#page=12
Haut de la Sentinelle – Feuges — conclusions, pp. 2-4 :
https://www.aube.gouv.fr/contenu/telechargement/47303/334631/file/conclusions%20feuges.pdf#page=2
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