C’est une joute entre les pro et les anti-éoliennes. Après la réponse d’Ostwind aux affirmations des opposants, voici l’analyse d’un architecte.

Le coût final d’une éolienne pour le propriétaire du terrain ou la collectivité est contesté par l’architecte Denis Vallot. (©Illustration Pixabay)

Par Rédaction Coulommiers Publié le 17 Mai 21 à 19:22 

Le Pays Briard

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Le projet de parc éolien au Vézier, dans la Marne, suscite les passions… Les uns réfutent les déclarations des autres. Chacun tente de mettre en avant ses convictions et chacun avance des arguments, des chiffres et des constatations. Jean-Marie Vivenot, ancien maire du village, a avancé des arguments ensuite réfutés par Ostwind, l’installateur d’éoliennes. Dans une récente parution, Ostwind a pu s’exprimer, mais Jean-Marie Vivenot compte désormais d’autres soutiens. Cette fois, c’est Denis Vallot, un architecte, qui s’exprime.

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« Un projet qui peinera à avancer »

Parmi les observateurs de cette controverse, Denis Vallot qui a suivi de très près les installations d’éoliennes dans le sud de l’Aisne et a pu ainsi se forger une expérience personnelle. Architecte, il livre ses réflexions : « J’ai lu attentivement la réponse de la commune du Vézier, de la CCBC et de la société Ostwind dans Le Pays Briard. Dans un premier temps sur le plan communal, ce que je retiens pour l’essentiel de ce projet initié en 2016 (plus de 4 ans), c’est que, d’une part, concernant l’état d’avancement du projet, le promoteur Ostwind n’a pas dépassé le stade des intentions et des objectifs. Les deux maires successifs, M. Vivenot, puis M. Cousin se sont affrontés pour des raisons qui semblent purement politiciennes, mais, sur le fond, ils seraient plutôt d’accord pour ne pas installer d’éoliennes sur la commune du Vézier, l’opinion publique locale étant résolument contre l’installation d’éoliennes. »

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L’enquête publique sera déterminante

Et l’architecte poursuit : « D’autre part, la société Ostwind, selon ses dires, n’a pas ménagé ses efforts pour tenir informé le conseil municipal, les élus et la population par le biais de courriers dans les boîtes aux lettres, démarches qui ne remplacent en aucune façon l’enquête publique consultative qui devra être menée pendant l’instruction du permis de construire, au terme de laquelle le commissaire enquêteur remettra son rapport au maire et au préfet pour avis. À ce que je comprends, le permis de construire, apparemment, n’est pas près d’être déposé. Il aura certainement l’appui du préfet qui garantira sa feuille de route même contre l’avis de la population du Vézier. Tant que le permis de construire n’est pas déposé il y a un donc un espoir pour que le projet ne se fasse pas. »

La réponse technique à Ostwind

Denis Vallot analyse aussi les chiffres avancés par la société Ostwind : « Dans un second temps, sur le plan technique, les affirmations d’Ostwind, présentées comme factuelles, sur certains aspects de mise en œuvre des éoliennes restent sujettes à cautions. En effet, on peut reprendre point par point les leurs affirmations comme « Les éoliennes sont recyclables à 90 % puis à 95 %. En fait, les pales sont effectivement en matériaux composites à base de fibres de verre ou de carbone. La première difficulté, dont ne parle pas Ostwind, c’est le transport de ces pales d’environ 15 tonnes, et non 8 à 9 t comme il l’indique, qui font entre 20 m et 40 m de long. Il faut une grande scie à pales pour les couper sur place, les transporter puis les broyer afin qu’elles rentrent dans la filière de la fabrication de ciment ou autres. À ce jour, ces filières spécialisées n’existent pas. Ce sont des installations industrielles coûteuses à mettre en place. Qui paiera ces installations de recyclages ? Ostwind fait silence sur ce point essentiel. Les photographies, bien connues, montrant des pales enterrées en fin de vie sont une réalité. »

Denis Vallot poursuit à propos de l’affirmation d’Ostwind disant que « L’huile permettant la lubrification des éléments mécaniques -totalement hermétique » : « Des produits de lubrification, oui, c’est vrai, mais aussi un volume non négligeable de produits polluants glycolés nécessaires au refroidissement de l’aérogénérateur devra être recyclé. Comment ? Le promoteur éolien n’en parle pas. Le caractère « totalement hermétique » de l’installation ne peut pas constituer une réponse sérieuse pour le recyclage de ces produits. »

Une erreur de tonnage ?

« Entre 1000 et 1200 T de béton ferraillé constituent les fondations des éoliennes », a affirmé encore Ostwind. Architecte, le volume de béton faisait partie du métier de Denis Vallot qui analyse donc les chiffres avancés par Ostwind : « Il y a manifestement une erreur sur le tonnage indiqué. En effet, si l’on s’en tient à une éolienne de 3 MGW, celles qu’on rencontre le plus souvent, il faudra prévoir une fondation dont les caractéristiques dimensionnelles seraient sensiblement les suivantes : diamètre du socle en béton : 20 mètres environ. Hauteur excavée de la fondation : 5 mètres environ. Masse volumique du béton armé devant répondre aux sollicitations de traction, flexion et compression : 3 t/M3 environ. Poids de la fondation : Pi x r2 x H x Mv = 3.14 x 10 x 10 x 5 x 3 = 4 700 t environ et non 1 000 et 1 200 t comme l’indique Ostwind. »

Qui doit payer au final ?

À l’affirmation que « La loi (Code de l’Environnement) impose au propriétaire d’un parc éolien de réaliser l’excavation totale de ces fondations en fin de vie des éoliennes à ses frais, il est doublement faux de prétendre que « 1 500 t de béton ne seront jamais enlevées », Denis Vallot répond : « Ostwind se trompe sur deux points : 1) En fin de bail (20 à 25 ans), le propriétaire de l’installation et du socle en béton de 4 700 tonnes n’est pas le promoteur éolien, ni l’exploitant, mais le propriétaire du terrain qui en restera propriétaire à vie. 2) La provision financière de 50 000 € pour le démantèlement de l’éolienne ne correspond pas du tout au coût réel de ce démontage et démantèlement. Ce sont donc deux menaces, comme des bombes à retardement, qui planent sur la tête des propriétaires des terrains. Beaucoup de contrats de location de terrains ont été signés à l’amiable entre le propriétaire et les promoteurs éoliens. Ces propriétaires devraient faire relire leur bail par des experts, car selon la règle « pollueurs, payeurs » ce sont eux que les jurisprudences frapperont. Pour mémoire et pour illustrer le point 1 de notre réponse nous rappellerons les montants des devis indiqués par des entreprises agréées pouvant procéder aux démantèlements des éoliennes. Entreprise CARDEM demande 400 000 € HT pour le démantèlement d’une éolienne E10 du Parc de la Thiérache (Source officielle consultable sur le site de la Préfecture de l’Aisne). Entreprise Saint Pierre SAS demande 90 000 € HT pour le démantèlement d’une éolienne de 3 MGW (Pv.du Conseil régional du Rhône 2013). Le coût est justifié par :

– L’utilisation d’une grue de 700 tonnes, 2 grues de 50 tonnes, d’une presse cisaille mobile.

– Le maintien d’une équipe d’ouvriers sur place, le temps du déboulonnage, du chalumage et du cisaillage des parties métalliques.

– Le conditionnement et la mise en décharge classe II des parties non récupérables.

– La prise en compte des aléas climatiques, qui, pour des raisons de sécurité peuvent retarder les travaux en immobilisant du matériel. »

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Denis Vallot conclut donc : « On est très loin de la provision de 50 000 € prévue par le promoteur éolien pour le démantèlement de la machine. Conformément à l’article L.541.2 du Code l’environnement et de la jurisprudence, la propriété de l’éolienne reviendra, en fin de bail, au propriétaire du terrain exclusivement. Par conséquent ces montants de démantèlement indiqués par les devis ci-dessus restent à la charge du propriétaire. Ostwind est silencieux sur ce point capital. Bien sûr, le propriétaire ne pourra pas faire face à ces charges financières, même par la contrainte juridique. Il resterait à se tourner vers la commune, la communauté de communes ? Les chiffres parlent et apportent une clarification qui n’a pas été précédemment apportée. Gageons que la société Ostwind répondra à ces questions lors des réunions publiques. »